De la zoothérapie à la médiation par l’animal :
Un changement de regard.
Le terme zoothérapie est longtemps resté associé à une pratique centrée sur le soin, souvent médicale ou paramédicale, où l’animal était utilisé comme un outil thérapeutique complémentaire. Cette approche, bien que pionnière et riche en résultats positifs, plaçait l’animal dans une posture instrumentalisée, au service exclusif de l’humain.
Avec le temps, un changement de paradigme s’est opéré : l’animal n’est plus un simple “outil”, mais un partenaire de relation. C’est ainsi qu’est née la médiation par l’animal, une approche plus éthique et relationnelle, qui reconnaît pleinement la sensibilité et l’individualité de l’animal. Ce changement s’est accompagné d’une meilleure prise en compte de l’éthologie (science du comportement animal), des besoins des espèces, et de la qualité de la relation triadique : humain-animal-bénéficiaire.
La médiation par l’animal est donc une rencontre. Une rencontre sensible, bienveillante, dans laquelle l’animal devient médiateur de lien, d’émotion, et d’expression. Cette pratique s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique de respect du vivant, de relation d’aide, et d’accompagnement global de la personne.
Une relation millénaire:
Le lien homme-animal à travers les civilisations.
Bien avant les approches modernes, de nombreuses cultures ont reconnu les bienfaits de la relation à l’animal, qu’ils soient symboliques, émotionnels ou thérapeutiques.




Égypte ancienne : le chat, gardien du foyer
Les chats étaient vénérés comme des protecteurs spirituels. Associés à Bastet, déesse de la maternité et du réconfort, ils apportaient harmonie, douceur et sécurité au sein du foyer.
Asie : l’animal, porteur d’énergie
En Chine et au Japon, certaines espèces comme les carpes koï ou les grues sont symbole de résilience, paix et longévité. Leur présence est censée élever l’énergie et favoriser la méditation.
Amériques : les animaux totems
Chez les peuples autochtones, chaque animal possède une énergie spécifique : guérison, protection, guidance. Ces liens spirituels sont encore présents dans des rituels de soin et de transformation personnelle.
Mongolie : le cheval, partenaire de l’âme
Le cheval est au cœur de la culture nomade mongole. Il est considéré comme un allié sensible, capable de ressentir l’humeur de l’humain. Il participe à des rites chamaniques, à la musique et à des formes de méditation.
Une sagesse universelle
Dans toutes les cultures, l’animal apparaît comme un médiateur du vivant, source d’apaisement et de transformation. C’est cette relation respectueuse et sensible que la médiation par l’animal cherche à raviver aujourd’hui.
Les pionniers et leurs apports
William Tuke (1732-1822) – La bienveillance en milieu asilaire


Philanthrope anglais, William Tuke est le fondateur de la York Retreat, un établissement novateur pour l’époque. Contrairement aux traitements violents alors en vigueur, il propose un environnement calme, où les malades mentaux vivent avec des animaux. Ces derniers, en favorisant l’apaisement et la responsabilisation, sont intégrés dans le soin. C’est l’une des premières expérimentations de l’animal comme médiateur de mieux-être.
Florence Nightingale (1820-1910) – L’animal comme source de réconfort

Figure emblématique des soins infirmiers modernes, Florence Nightingale observe, notamment pendant la guerre de Crimée, que la présence d’un animal auprès d’un patient hospitalisé améliore le moral, réduit l’isolement et favorise la convalescence. Elle encourage la présence d’animaux dans les hôpitaux, particulièrement pour les soldats blessés.
Psychologue américain, Boris Levinson découvre fortuitement que son chien, Jingles, favorise le lien avec un enfant autiste jusque-là mutique. Il observe que l’animal permet une ouverture émotionnelle, facilitant la communication et l’interaction. Cette découverte donne naissance au concept de thérapie facilitée par l’animal, qu’il théorise et diffuse par ses ouvrages. Il est considéré comme un pilier de la zoothérapie contemporaine.
Boris Levinson (1922-1984) – Le père de la zoothérapie moderne

L’essor de la zoothérapie
(années 1970-1990)
Dans les années 1970-1980, la pratique de la zoothérapie s’étend, surtout en Amérique du Nord. Des hôpitaux, maisons de retraite et institutions éducatives intègrent des animaux dans leurs dispositifs thérapeutiques. Des programmes spécifiques émergent selon les publics :

- Enfants en difficulté émotionnelle : développement des habiletés sociales, gestion des émotions, réduction de l’anxiété.
- Personnes âgées : diminution de la solitude, amélioration de la mémoire, bien-être moral.
- Patients souffrant de troubles mentaux : renforcement de la confiance en soi et de l’expression émotionnelle.
- Enfants atteints de TSA : amélioration de la communication et de la régulation sensorielle.
Parallèlement, des recherches scientifiques viennent étayer les bienfaits de l’interaction homme-animal. Des structures comme Pet Partners (ex-Delta Society) posent les bases d’une reconnaissance officielle, en formant les binômes intervenant/animal et en diffusant des protocoles rigoureux.

En France :
Structuration et reconnaissance progressive
La France entre plus tardivement dans le champ de la médiation animale. Ce n’est qu’à partir des années 1980 que le public et les professionnels commencent à s’y intéresser.
- 1986 – Handi’Chiens : Cette association forme des chiens d’assistance pour personnes à mobilité réduite. Bien qu’il ne s’agisse pas de zoothérapie à proprement parler, elle participe à la reconnaissance du rôle bénéfique des animaux dans l’accompagnement.
- Années 2000 – Résilienfance : Cette association milite pour une médiation animale éthique, centrée sur la relation, et propose des formations aux professionnels de la santé, de l’éducation et du social.
- Institut Français de Zoothérapie (IFZ) : Fondé par Michel Odent, l’IFZ contribue à professionnaliser le secteur en offrant des formations certifiantes et en structurant les pratiques.



Aujourd’hui, de nombreux intervenants – éducateurs spécialisés, psychologues, soignants – se forment à la médiation par l’animal. Celle-ci est intégrée dans des projets d’établissements médico-sociaux, d’EHPAD, de centres éducatifs ou d’instituts spécialisés.
L’éthologie :
Comprendre pour mieux respecter
La médiation par l’animal ne peut se faire sans une véritable connaissance de l’animal. C’est là que l’éthologie intervient : cette science du comportement animal étudie les réactions, les modes de communication, et les besoins des différentes espèces.

L’éthologie repose sur des disciplines croisées : la neurobiologie, l’écologie, la psychologie, la physiologie… Elle permet de mieux comprendre les signaux que l’animal envoie et de respecter son bien-être dans les interactions humaines.
La relation d’aide :
Une approche humaine et centrée sur la personne

La médiation par l’animal s’inscrit dans une démarche de relation d’aide, telle que définie par Carl Rogers (approche centrée sur la personne) ou Jean Watson (caring nursing). L’animal, en facilitant l’expression et la confiance, devient un partenaire précieux dans un accompagnement humain, bienveillant et respectueux.
Ces attitudes favorisent l’émergence d’un espace de transformation intérieure, dans lequel le bénéficiaire peut mobiliser ses ressources personnelles, se reconstruire et retrouver un sentiment de dignité.
En conclusion :
Une histoire vivante, en mouvement
De William Tuke à aujourd’hui, la médiation par l’animal a parcouru un long chemin : de l’intuition à la science, de l’outil au partenaire, du soin à la relation. Elle ne cesse d’évoluer, portée par des recherches, des engagements humains, et une conscience grandissante du respect du vivant.
Dans chaque atelier, chaque séance, chaque rencontre, elle invite à un retour à l’essentiel : l’écoute, le lien, la présence partagée. Une co-présence où l’animal, loin d’être un soignant, devient un révélateur d’humanité.

